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Différencier le travail de posture et celui de renforcement

Traditionnellement, lorsqu’un athlète ou un sédentaire présente un déficit musculaire provocant des douleurs, des gestes techniques de mauvaises qualités, on lui apprend à renforcer le muscle déficient.

Par exemple lorsqu’un CrossFiteur utilise ses quadriceps à la place des fessiers dans la phase de tirage au Clean, nous entendons souvent qu’il faut travailler à renforcer ces fessiers afin de les remettre au niveau.

Autre exemple, plus proche de la pratique loisir : le déficit de gainage (manque de tenue de la position neutre du dos) provoque des douleurs au niveau de la zone lombaire. Que doit-on faire ? Des abdos, du renforcement des muscles ‘lombaires’ (qui n’existent pas) et accessoirement la planche.

Nous retrouvons également ces informations lors de problèmes à la coiffe des rotateurs: faites simplement des autostoppers à l’échauffement; cela va résoudre le problème.

Certes, le soulagement est là et rapidement. Mais qu’en est-il de la faculté à utiliser ces bénéfices ?

Daniel M. Wolpert, de l’université de Cambridge nous ouvre la voie. En effet, lors d’une étude visant à observer les transferts d’apprentissage d’un mouvement effectué dans une position vers le même mouvement exécuté dans une autre position (debout/assis), il en ressort une conclusion très importante pour les éducateurs sportifs (Transfer of Dynamic Learning Across Postures – J Neurophysiol 102: 2816–2824, 2009).

Cette conclusion est que les apprentissages spécifiques (acquisition de la force, résistance, etc.) ne se font pas selon les mêmes mécanismes que les apprentissages posturaux (gestion d’une chaîne musculaire dans son ensemble).

Ainsi, lors d’un problème technique lié à la posture, à la fonctionnalité d’une chaîne musculaire dans son ensemble, il ne servira à rien de renforcer le muscle posant problème. Il faudra dissocier le travail de progression (augmentation des poids, de la durée de travail) sur le mouvement et la rééducation du movement pattern (schéma moteur).

Ainsi, nous ne devrions plus voir des pratiquants travailler isolément un muscle avec surcharge sous prétexte que ce muscle est déficient sur un mouvement généraliste (sauf rééducation spécifique par exemple à la suite d’une opération, d’un plâtre, etc.). Au contraire, il sera nettement plus profitable d’exécuter des exercices spécifiques à l’incorporation de ce muscle déficient au sein de la chaine musculaire, à l’échauffement par exemple, sans surcharge, sans objectif de performance autre que la parfaite exécution du mouvement global.

Certes, les habitudes ont la peau dure et il est  facile de dire ‘travail l’assouplissement des mollets’ plutôt que de réfléchir à quel exercice global va permettre un assouplissement fonctionnel de la cheville; mais la santé des pratiquants doit passer par cette réflexion.

Une autre conclusion évidente de cette étude: ce n’est pas en travaillant en salle de musculation de manière analytique (chaque muscle isolément) que l’on fabrique un organisme fonctionnel capable de s’adapter aux gestes courants et sportifs. Au contraire, nous augmentons l’écart entre fonctionnalité et capacité et par conséquence les risques de blessures.

Quels sont les risques potentiels?

  1. Accentuation des risques de blessures (un muscle fort qui n’est pas intégré par l’organisme est un risque de blessure nettement plus sérieux que des petits raideurs).
  2. Accentuation des blocages (la plupart des incapacités motrices, hors pathologies, proviennent de disfonctions motrices et non de morphologies spécifiques; L’isolation des muscles augmentera ces incapacités).
  3. Un muscle fort (travailler indépendamment) et incapable (ne rentrant pas dans les chaînes musculaires) va être une source de blocages, d’adaptations du squelette. Les possibles risques de déformations (scolioses, lordoses importantes, valgus, recurvatum, etc.) peuvent se concrétiser.

Et entre temps, Fuck your Genetic, Train Hard !